zebulon

Auteur Sujet: Chroniques ordinaires d'une jeune recrue  (Lu 4876 fois)

Hors ligne Lilou Horejade

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Chroniques ordinaires d'une jeune recrue
« le: 20 Juin 2012 à 16:54:23 »



Une brochette d’anges

Mai YC 114 - Système de Gerek


Les moteurs du Myrmidon ronronnaient doucement. Immobile à quelques centaines de mètres de la station de Gerek, le vaisseau reflétait les lumières orangées et scintillantes de la gigantesque structure minmatar. Le soleil rougeoyant ne parvenait pas à éclipser totalement ses homologues, lointaines étoiles émaillant l’espace entre nuages de gaz et poussières interstellaires.

Les yeux perdus dans le vague, tortillant d’un air absent une mèche de cheveux autour de son index, Lilou Horejade attendait l’autorisation des autorités locales pour accoster dans le grand hangar. Elle repensait à la mission qu’elle venait juste de terminer et au savon que lui avait passé l’agent Savadeikur. Arpentant nerveusement son bureau dans un silence oppressant, il ne s’était arrêté que pour lui jeter un regard dur, lourd de reproches. La tempête avait ensuite duré une bonne quinzaine de minutes, durant lesquelles il lui avait rappelé qu’un pilote inconscient est indigne de confiance, que bien au-delà de son propre clone c’était tout son équipage qu’elle avait exposé à un danger mortel, et qu’elle n’avait pas encore l’expérience requise pour se permettre ce genre d’excentricités. Il était profondément déçu – ces mots avaient pesé une tonne – qu’elle n’ait pas suivi ses conseils de prudence et ait délibérément sauté dans cette dernière poche, tombant directement dans l’embuscade tendue par le cartel des Angels, avides de vengeance. Pourtant, derrière la légitime colère face à sa désobéissance à un ordre direct, la jeune pilote avait bien cru déceler dans les yeux sombres de l’officier un soupçon de fierté et d’admiration qu’il ne pouvait bien sûr admettre devant elle, pour sa propre sécurité. Le débriefing terminé, l’agent du Parlement avait fini par la laisser partir non sans lui recommander, d’un air sévère mais protecteur, une plus grande prudence à l’avenir, ce à quoi elle avait simplement répondu par un hochement de tête repentant.

Nonchalamment adossé au mur, tignasse noire en bataille au-dessus d’un regard bleu, clair et perçant, un pilote l’attendait dans la coursive. Il avait rangé son datapad dans l’une des poches de son blouson et l’avait accueillie d’un sourire narquois. Il avait évidemment entendu les échos des remontrances qui venaient de déferler sur la jeune femme et avait visiblement l’intention d’en profiter pour la taquiner un peu. La mine renfrognée, Lilou avait laissé s’écouler de longues minutes avant qu’il ne change de ton et, passant un bras sur ses épaules, lui adresse quelques paroles réconfortantes. Elle lui avait alors souri, se détendant enfin, et l’avait à nouveau chaleureusement remercié pour son aide précieuse au cours de la périlleuse mission. Sans lui, elle n’aurait pas fait long feu face aux salves incessantes des pirates malgré la stature imposante de son Hyperion.

L’un dans l’autre, la mission s’était avérée assez lucrative, d’après ce qu’il lui avait glissé juste avant qu’elle ne file faire son rapport à l’officier. Finalement, tout s’était bien déroulé. A part… oui, c’est vrai, il y avait eu cet ogre gravement endommagé parce qu’elle n’avait pas su le récupérer à temps, et qui portait encore les traces de l’attaque ennemie. Et ce hammerhead qui avait tout simplement disparu de sa soute sans qu’elle comprenne comment. Oh… et aussi les deux ou trois fois où elle avait failli emprunter les acceleration gates avant le retour de tous ses drones. Mais en dehors de ça, son pilotage n’avait pas été trop catastrophique. Toujours moins que la fois précédente en tout cas. Elle commençait à s’en convaincre et à se sentir plus légère lorsqu’il lui glissa à l’oreille qu’il était temps, pour fêter ça, qu’elle se décide enfin à l’accompagner dans le fameux bar implanté à Gerek, autour duquel elle tournait depuis plusieurs semaines sans oser y pénétrer.

Fascinée par la corporation dont il lui avait si souvent parlé et qui y avait ses habitudes, elle avait l’intention depuis bien longtemps de présenter sa candidature en espérant les rejoindre mais trouvait toujours un prétexte pour remettre à plus tard cette rencontre, à la fois par timidité et peur d’échouer. Pourtant cette fois, elle avait bien lu dans son regard qu’il n’était prêt à tolérer aucune excuse, bidon ou pas, et elle avait fini par céder. Laissant son Hyperion à Javrendei, elle avait sauté dans son Myrmidon, lui trouvant plus fière allure, et avait tant bien que mal suivi son compagnon de système en système. Comme à son habitude, il avait pris un malin plaisir à la devancer à chacune des gates, ne se privant pas de lui faire remarquer qu’elle était toujours en retard. Un léger sourire éclaira son visage. Ce Shu était une fieffée crapule…

Un timbre féminin, froid et impersonnel, la tira brusquement de sa rêverie : « Your docking request has been accepted. Your ship will be towed into station ». Le Myrmidon s’ébranla doucement, s’approchant de l’entrée béante du hangar. Tout autour du vaste boyau cylindrique que constituait la zone de passage principal, s’alignaient d’innombrables baies individuelles où stationnaient des vaisseaux de toutes sortes, collection hétéroclite sur laquelle veillaient jalousement des armées de techniciens. Tandis qu’elle s’engouffrait dans l’une des sphères encore libres, elle songea à la rencontre à venir et une pointe d’appréhension s’insinua en elle. Une voix masculine, taquine et familière, résonna alors joyeusement dans son casque. « Ne t’inquiète pas, tu verras, comparés aux Angels, les bionesiens sont de vrais anges. Ou presque… »
« Modifié: 10 Avril 2018 à 14:13:51 par Lilou Horejade »

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Re : Chroniques ordinaires d'une jeune recrue
« Réponse #1 le: 20 Juin 2012 à 16:56:01 »

Les raisins du souvenir

Mai YC 114 - Système de Gerek

Abandonné au bord du cendrier, le mégot se consumait dans une débauche inutile de rougeoiement. Des volutes de fumée s’en élevaient paresseusement dans la lumière ambrée. Les trois pilotes étaient attablés autour de quelques verres presque tous vides, absorbés dans l’étude de leurs datapads respectifs. De discrets haut-parleurs diffusaient en sourdine une radio locale dont les annonces publicitaires, chantant les louanges des petits commerces de la station, étaient entrecoupées de rares passages musicaux.

L’un des hommes grommela, tout en grattant distraitement une barbe naissante :
« Nono a encore trifouillé la fréquence… Faut vraiment qu’on trouve un barman digne de ce nom !
- Et qu’on fasse réparer ce foutu système de ventilation aussi, tant qu’on y est… » ajouta l’un de ses compagnons, lançant un regard mauvais vers le plafond. A quelques pas trônait un seau entouré d’une barrière de fortune, remède provisoire à la fuite. Le clapotis des gouttes s’écrasant inlassablement dans le récipient semblait mettre ses nerfs à rude épreuve.

L’arrivée d’une jeune femme vaguement familière détourna un instant leur attention : plutôt menue, vêtue d’un pantalon sombre taillé près du corps et d’une longue capeline jetée sur ses épaules, elle salua la rare clientèle d’un signe de tête accompagné d’un timide sourire avant de s’approcher du comptoir. Excellent physionomiste grâce à son programme de reconnaissance biométrique dernier cri, ou presque, le droïd qui s’activait derrière s’adressa à elle en s’efforçant de lui offrir un sourire engageant… Ce qui n’eut pas grand effet, son visage métallique étant incapable de la moindre expression.
« Bonjour demoiselle Horejade, que puis-je vous servir aujourd’hui ?
- Bonjour Nono… Un verre de ce délicieux vin blanc que tu m’as fait goûter l’autre jour, ce sera parfait, merci. »
Saisissant son verre, elle s’adossa au zinc usé par le temps, et plus efficacement encore par des générations de clients peu scrupuleux, pour balayer la pièce du regard. Elle chassa machinalement la mèche de cheveux aux reflets cuivrés qui ne cessait de lui retomber devant les yeux. La journée avait été longue. Longue, mais fructueuse.

La mission qui lui avait été confiée s’était une fois encore révélée plus ardue que prévu, une ribambelle de Serpentis lui tombant de concert sur le dos, ou plutôt sur la coque, dès la première porte d’accélération franchie. Il s’en était fallu de peu qu’elle n’y laisse ses drones les moins agiles, et son Dominix portait encore les traces brunies des salves ennemies. Elle avait même été à deux doigts d’enclencher une procédure de warp out d’urgence, mais une fois débarrassée du plus proche battleship pirate, la patate volante avait finalement tenu le coup, et la jeune pilote avait gardé son sang-froid malgré la danse effrénée des voyants d’alerte qui avait envahi le cockpit. Même si elle doutait qu’un observateur extérieur l’eût jugée parfaitement maîtresse d’elle-même lorsqu’elle s’était écriée avec aussi peu d’élégance qu’un obelisk virevoltant au milieu d’une nuée de shuttles gallente : « Putain de bordel de merde mais tu vas exploser oui ?!? » Toujours est-il que pour se remettre de sa frayeur et laisser à l’équipe de maintenance le temps de faire les réparations les plus urgentes, elle avait sauté à bord de son Noctis pour faire un peu de ménage. Ses parents lui avaient inculqué qu’il ne faut jamais laisser traîner ses déchets dans la nature, et malgré leur brouille, elle avait toujours scrupuleusement mis en pratique ce précepte. Encore plus lorsqu'il s'avérait lucratif. Ce n’est qu’au moment de récupérer le dernier débris volant qu’elle avait remarqué la présence de la grande ceinture de roids à quelques dizaines de kilomètres à peine. Jugeant qu’elle avait eu son quota de frayeurs pour la journée, elle avait donc changé son laser d’épaule et passé de longues heures au calme à récupérer quelques centaines de milliers de mètres cube de veldspar. Longues… mais fructueuses.

Elle finit par repérer celui qu’elle cherchait. Installé devant une table haute non loin du comptoir, il était en grande discussion avec un grand minmatar au crâne rasé de près, parlant avec animation et enthousiasme. Lilou attendit patiemment la fin de l’entretien, dégustant à petites gorgées le breuvage fruité et légèrement sucré qui lui avait été servi. Fermant un instant les yeux, elle s’enivra du parfum suave du vin gallente, le faisant lentement tourner dans son verre. La puissance d’évocation était telle qu’elle se revit gamine, courant dans le domaine de son oncle par une chaude journée de vendanges… Le soleil orangé, haut perché dans le ciel, chatouillait délicieusement ses bras nus. Au loin on percevait le ronronnement d’un tracteur qui acheminait à la presse une première cargaison de fruits. Les petites mottes de terre craquaient sous ses pas tandis qu’elle s’amusait à se cacher des adultes entre de hauts rangs de vigne exubérants de verdure. Elle attrapa à pleine main une poignée de raisins noirs, mûrs à souhait, qui furent aussitôt engloutis, explosant en un jus chaud et sucré. Ses yeux, petites couronnes d’or serties sur un lac d’un vert profond, pétillèrent de plaisir. Elle essuya sa main dégoulinante sur son chemisier vert pâle, déjà constellé de nombreuses taches qui lui vaudraient sous peu les hauts cris courroucés de sa mère. Elle eut un grand éclat de rire, léger et cristallin. Elle avait sept ans et n’aimait rien tant que faire tourner celle-ci en bourrique. Elle sursauta : une main s’était posée sur son épaule.

« Alors jeune fille, on rêve ?

Ramenée à la réalité en un grand bond dans le temps, Lilou s’aperçut que le Bione s’était bien rempli tandis qu’elle se laissait aller à ses souvenirs. Elle répondit d’un sourire à Shu avant de lui proposer de l’accompagner dans sa dégustation et de lui demander, ne pouvant contenir sa dévorante curiosité, qui était l’inconnu avec qui il discutait un peu plus tôt.
- Peut-être une future recrue, comme toi… D’ailleurs tu ne m’as pas dit, ton entretien d’hier avec Sza, ça a été ?
- Oui, très bien ! Enfin, je crois… ajouta-t-elle avec une petite moue. Puis, avec autant d’innocence qu’elle le pouvait : tu n’aurais pas eu des échos au sujet de ma candidature, par hasard, monsieur l’officier recruteur ?
Il sourit, l’air mystérieux. Il était bien sûr tenu au secret, mais c’était de toute façon tellement plus amusant de la laisser mariner…
- Moui, je me doutais que tu ne voudrais rien me dire… En tout cas j’espère que votre décision sera favorable… J’ai hâte !
- Ça c’est parce que Sza ne t’a pas parlé du traditionnel bizutage, rétorqua-t-il en finissant son verre.
- Un… un bizutage ?
Apparemment insensible à son air soudain inquiet, il jeta un bref regard à son datapad puis referma son blouson d’un geste rapide, se dirigeant vers la sortie. C’est pas tout ça mais j’irais bien casser la croûte avant l’opération de tout à l’heure. Tu m’accompagnes ?
Et sans attendre sa réponse, il disparut dans l’obscurité. Elle s’élança à sa poursuite.
- Shu ! C’est quoi cette histoire de bizutage ? Shu ? Shuuuuuuuuuuu ! »
« Modifié: 21 Avril 2018 à 21:32:21 par Lilou Horejade »

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Re : Chroniques ordinaires d'une jeune recrue
« Réponse #2 le: 20 Mars 2013 à 23:32:21 »
Baptême du feu

Juin YC 114 - Système de Gerek

Une lueur rouge sombre éclairait par intermittence son visage inquiet. Les rides qui barraient son front au-dessus d’un regard préoccupé trahissaient sa profonde concentration. La situation devenait franchement inquiétante... A vrai dire, rien ne se passait comme prévu. Pourtant, même si l’idée ne l’avait pas emballée de prime abord, elle avait fait de son mieux... Comment les choses avaient-elles pu tourner si mal ? Peut-être que si elle avait été plus attentive...


Assis dans la pénombre intimiste du Bione, ils dégustaient une bière légère, rafraichissement bienvenu après de longues heures de minage intensif. La sienne avait un goût de miel et de pain d’épices, et les teintes chaudes des nébuleuses minmatar.

En cette fin de journée, le bar se remplissait au gré des allées et venues des habitués. Il y régnait pourtant un peu plus d’agitation qu’à l’ordinaire, et les conversations d’une table à l’autre semblaient toutes graviter autour d’un même sujet. La corporation, du fait de son appartenance à Electus Matari, allait entrer en guerre d’ici quelques heures tout au plus. Et cette nouvelle menace n’était pas à prendre à la légère : les pilotes ennemis avaient souvent été croisés dans les systèmes de haute sécurité, notamment autour de Gerek. Qui plus est, ayant eux-mêmes lancé les hostilités, ils auraient sûrement à cœur de se lancer dans une chasse à l’homme dès qu’ils le pourraient sans risque de représailles de la part de CONCORD.

Lilou trempa à nouveau ses lèvres dans la mousse légère.
« Je ne sais pas, Shu...
- De toute façon, tu n’as pas le choix. Il est hors de question que tu leur offres une cible facile, donc à moins que je ne t’enferme pendant une semaine dans le cellier de Nono... Et encore, je dis une semaine, mais c’est un minimum... »

Elle eut une grimace expressive, puis soupira. Autant elle acceptait avec un enthousiasme parfois à la limite de l’insouciance coupable n’importe quelle mission des agents de la République, quitte à se retrouver en posture délicate face à une ribambelle de vaisseaux faisant feu sur elle à qui mieux mieux... autant affronter seule à seul un autre pilote au détour d’une station ou d’un astéroïde lui semblait totalement insurmontable.

Elle ne comptait plus le nombre de réflexions sur sa probable fin très artistiquement éparpillée dans le froid glacial du vide interplanétaire. C’était souvent dit sur le ton de l’humour, et en tant que nouvelle venue et surtout jeune capsuleer, elle savait qu’elle avait tout à apprendre des pilotes plus chevronnés de la corporation. Pourtant, elle ne pouvait s’empêcher de les prendre au sérieux avec une sourde appréhension, car elle était bêtement et sentimentalement très attachée à son enveloppe corporelle. Elle avait bien sûr des clones en sommeil au cas où l’irréparable devait arriver, mais si elle pouvait reculer encore l’inévitable échéance d’un face à face avec la Camarde...

Et puis elle n’y connaissait rien à toutes ces histoires de point, de toile d’araignée et de je ne sais quoi encore... D’ailleurs elle n’avait aucun vaisseau équipé pour ce genre de combat.

« Raison de plus ! Si tu n’y es pas un minimum préparée, tu n’as aucune chance de sortir vivante d’un affrontement.
- Alors que sinon ?...
- Sinon, tu as une chance infime de t’en sortir. C’est mieux que rien. »

Elle soupira à nouveau devant son sourire narquois. Il avait raison, et ça ne lui plaisait pas... elle ne se sentait tout simplement pas prête. Mais à bien y réfléchir, à force de camper sur cette position, elle ne le serait jamais. Elle se rassura un peu en songeant que de toute façon, avant toute mise en pratique, elle avait devant elle de longues heures de théorie pour se préparer psychologiquement.

Du moins, pour essayer.

« Pfff… bon... on commence par quoi  ?...
- Tu connais les différents modules d’e-war ?
- Euh… C’est quoi l’ïoir ? A part de l’ivoire qui aurait perdu son v ?
- Ok... Y’a du boulot. Nono ?! La même chose, mon vieux ! »


Elle avait consciencieusement étudié toutes les informations qu’on lui avait fournies, essayant de graver dans sa mémoire un maximum de données. Utilité de chaque module, portée, efficacité, effet escompté. Type de munitions. Distances d’engagement. Trajectoires. Transversales. Elle s’était appliquée. Et pourtant, maintenant qu’elle faisait face à son premier adversaire, c’était comme si elle n’avait jamais rien appris.

Les sirènes des systèmes d’alarme se déclenchaient les unes après les autres, ne faisant qu’ajouter à sa panique. Son bouclier n’était plus qu’un vague souvenir et l’armure de son vaisseau se faisait grignoter à une vitesse invraisemblable. La main suspendue hésitante au-dessus des commandes, elle tentait en vain de se rappeler les dernières recommandations de ses corpmates. Ils avaient dit quoi déjà, à propos des distances d’engagement ? De toute façon, question distance, elle n’avait plus le choix. Elle n’avait plus assez de capacitor pour remettre en fonctionnement son microwarpdrive, et même tout à l’heure à cause de ce fichu webtruc, elle n’avait pas pu maintenir une distance raisonnable avec le vaisseau qui lui avait fondu dessus. Ou alors c’était à cause du scram ? Une saleté de ce genre en tout cas. Elle était donc scotchée là avec peu de chance de pouvoir s’enfuir.  Et maintenant alors ? On fait quoi ?

Elle regardait comme hypnotisée la jauge de son armure se réduire à peau de chagrin, alors que celle de l’autre, en face, semblait se régénérer malgré ses propres salves. Elle l’avait pressenti. Elle savait par avance que ce serait un échec lamentable. Ne pars pas perdante, dis-toi bien que tu as une chance de t’en sortir !.... Mon œil. La structure même de sa frégate était désormais en train de céder sous le feu répété de l’ennemi, à grand renfort de craquements sinistres et de brusques secousses. Dans une ultime et désespérée tentative, sans même savoir si ce qu’elle faisait était d’un quelconque intérêt, elle relança son neutralizer, ayant récupéré tout juste assez de capacitor, et tenta de modifier sa trajectoire... Elle ne tiendrait plus longtemps, ce n’était désormais qu’une question de secondes.

Et elle se sentait affreusement impuissante.

En désespoir de cause, elle aligna une planète et tambourina sur la commande de warp. Au moins sauver mon pod... au moins ça... Allez, bouge bouge bouge BOUGE ! Une dernière salve ébranla la carcasse flottante avant qu’elle n’explose en une boule de feu aveuglante. Lorsque le nuage de poussières et de particules se dissipa, il ne restait plus que le Rifter victorieux.

Elle avait réussi à prendre le large dans sa frêle capsule. Piètre consolation, mais au moins elle était toujours en vie... Si seulement elle avait mieux écouté les conseils de son instructeur...

« Bien ! Je n’ai pas eu le temps de cibler ton pod, tu as compris le principe, bravo.
- Bravo... tu parles, je viens de me faire lamentablement exploser...

Une série de petits coups résonna sur la paroi vitrée. De l’autre côté, Shu arborait un sourire rassurant. Elle s’extirpa de son engin, l’air renfrogné.

- Le contraire eût été étonnant pour ton tout premier duel. Mais ce n’était pas si catastrophique, je t’assure. Allez, quitte cet air boudeur, on va débriefer et tu vas m’expliquer en détail ce que tu as essayé de faire et ce que tu n’as pas compris.
- Humf... d’accord, mais autour d’un verre alors, voire deux. Me faut au moins ça, j’ai pas du tout aimé exploser. Même si ce n’était qu’en simulateur... »
« Modifié: 21 Avril 2018 à 21:49:01 par Lilou Horejade »

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Re : Chroniques ordinaires d'une jeune recrue
« Réponse #3 le: 10 Juillet 2013 à 12:12:59 »
Excursion en espace inconnu

Juin YC 114 - Système d'Otosela (0.2) - The Forge


C’est juste de la folie.

La procédure de warp s’achevait à grand renfort de secousses tandis que l’espace-temps reprenait sa courbure habituelle. A mesure que Tarazed perdait de la vitesse, Lilou distinguait de plus en plus nettement sa destination, avec une sourde appréhension mêlée à une immense curiosité et une bonne dose d’excitation.

Sans blague, je dois vraiment sauter dans ce.... ce truc, là ?

Elle observait avec fascination la « chose » aux reflets bleutés et changeants qui occupait désormais tout l’espace devant son cockpit. Celle-ci évoquait un liquide particulièrement épais, mais parcouru d’incessantes ondulations, comme s’il s’était agi d’un être bien vivant. Son opacité laissait imaginer toutes sortes de mystères... ou les plus terribles dangers. La jeune femme réprima un frisson. On dirait qu’un cœur géant bat derrière la surface... Bien sûr, elle avait déjà croisé ce genre d’anomalies cosmiques au cours de ses soirées de probing, alors qu’elle apprenait patiemment l’art de la localisation et désespérait de mettre plus de dix minutes pour la moindre signature, mais jamais encore elle n’avait osé s’aventurer aussi près de l’une d’elles. Et encore moins y pénétrer.

L’entrée du wormhole était maintenant à quelques centaines de mètres tout au plus. Sa proximité avait bien sûr coupé l’effet du module de cloak. Depuis un bon moment. Un trop long moment. Un vaisseau se matérialisa soudain juste à côté du sien, interrompant brutalement la rêverie fascinée de la pilote.

« Hmm. Lilou ? Qu’est-ce que tu fais ? Je te rappelle qu’on est en espace ennemi, ce n’est pas le moment de lambiner, surtout avec trois hostiles en local ! Jump, jump ! »

A peine ces mots prononcés, l’anathema de Shu disparut, absorbé par la gigantesque surface mouvante du tour de ver. Et merde. Plus le temps de réfléchir. Elle enclencha la commande de saut, perdit encore quelques secondes à déchiffrer le message d’avertissement automatiquement généré par son ordinateur de bord, réprima un frisson à la lecture des mots « espace inconnu » et « danger », confirma son ordre. L’hélios à son tour fut englouti...


Une grosse bulle. Non, une ENORME bulle, en fait. C’est ça. Je suis dans une énorme bulle bleu indigo. Marbrée de bleu plus pâle. Woh oh... Elle change de couleur là ! Elle est devenue toute verte... C’est normal hein ? Oui, c’est sûrement normal… non ?... En tout cas, ce que c'est beau… vraiment magnifique... Mais euh… et « l’autre côté »... il est où ? Je vais pas rester coincée là-dedans quand m...

Drôle d’impression de sortie des eaux.
Voilà. Elle y était.
Là, tout pile.

En plein espace inconnu.

Wooooow... Ça y est ! Le voilà... THE espace inconnu, le seul, le vrai, le multiple ! Pinaise, ça y est !... Je n'en reviens pas...

L’espace inconnu, synonyme de l’aventure avec un grand A... Sentiment exaltant d’être la digne descendante de ces tous premiers explorateurs, ceux des temps oubliés, ceux qui avaient osé se lancer aveuglément par-delà les frontières du monde connu. Au mépris des dangers, en dépit de leurs craintes... Parce que la curiosité humaine et l’appel de l’aventure avaient été les plus forts... Pour cette même montée d’adrénaline, pour ce grand frisson...

L’espace inconnu dont on disait aussi qu’il rendait fou, poussant la paranoïa à son summum... Ce gigantesque coin de l’univers où l’on se croyait si vite seul au monde alors qu’il pouvait être infesté de pilotes retors, aguerris et terriblement territoriaux... Où l’on pouvait croiser les plus farouches pirates, prêts à découper votre vaisseau plus efficacement qu’un couteau tranchant du beurre fondu... Mais où se cachaient également les plus précieux minerais, les plus rares ressources, les plus fabuleuses reliques de technologies puissantes bien qu’encore mystérieuses...

L’espace inconnu, enfin, où il était si facile de se perdre... Elle avait en mémoire les récits de ces pilotes bien plus expérimentés qu’elle, qui s’étaient fait prendre au piège des caprices des wormholes et avaient tourné pendant d’interminables semaines avant de trouver une sortie convenable pour rentrer au bercail... Ou encore cet autre qui s'était retrouvé coupé du reste de sa flotte, sans probes, sans moyen de localiser la nouvelle sortie, et qui avait dû composer avec des autochtones définitivement agressifs... Un vrai dédale truffé de dangers et où la moindre seconde d’inattention pouvait devenir fatale.

Le système dans lequel elle s’était matérialisée abritait une magnifique nébuleuse verte, tirant sur le turquoise par endroits, et dessinant d’élégantes volutes sur le bleu profond de l’univers. Une étoile blanche y scintillait, trônant comme un diamant dans son écrin. Tout avait l’air si superbement calme... Justement. Ce calme pouvait être horriblement trompeur.

Tapotage du terminal de neocom. Le canal local restait vide. Normal. On l’avait prévenue. En espace inconnu, ne jamais se fier au canal local. Le scanner embarqué était la seule planche de salut.
Petit coup de scan. Hum… Deux champs de force. Quelques vaisseaux. Mais pas de trace du Carbuncle.
Petit coup de stress.

« Shu ?..... tu es là ?.....
- Oui. Cloaky, pas loin de toi je suppose. Ça te plait ?
- Carrément, et pas qu’un peu ! C’est juste... juste... grandiose !
- Je suis d’accord. Mais on ne va pas trainer, le système est habité. Tu dois avoir une destination nommée « entrée NH » dans ton ordinateur de bord... Tu trouves ?
- Euuuuuh… Attends… Voui.
- Ok, on y va, jump on contact. Maintenant. »

Nouvelle distorsion de l’espace-temps, et ce défilement désormais habituel des poussières interstellaires autour du cockpit... A peine le temps de contempler une dernière fois ce système au nom barbare de J130 quelque chose, et le nouveau wormhole était déjà devant elle. Soucieuse de se conformer au mieux aux directives de son officier, elle enclencha immédiatement la commande de saut.

Nouvelle bulle, d’abord turquoise, puis virant soudain au rouge orangé, avant de laisser la frégate pénétrer dans un nouveau système au nom tout aussi barbare, baigné cette fois de teintes chaudes et familières, proches de celles des nébuleuses minmatar. 

« Bon, on y est. Change de canal vocal, on rejoint les corpmates... Lilou, bienvenue à la maison !
- Bienvenue à New Helgatild !
- Hey, bienvenue Lilou !
- Bienvenue miss !
- YOUHOUUUU ! Merci à vous ! Je suis ravie d’être enfin là ! »

Les voix de Sza, Lycoris et Attila, qui avaient rejoint la session quelques jours plus tôt, résonnaient joyeusement dans son casque. Poussant un profond soupir, elle réalisa seulement alors la tension qui s’était jusque-là accumulée. Bien sûr, New Helgatild était aussi en plein espace inconnu, mais elle la voyait déjà comme une oasis rassurante au milieu d’un désert gigantesque et hostile. Un petit coin de sérénité, de partages, de camaraderie, perdu au milieu de nulle part, loin de l’effervescence des systèmes dont elle avait l’habitude. Un sourire illumina son visage. Elle venait à peine d’arriver et s’y sentait déjà bien... L’aventure ne faisait que commencer.

« Lilou, warp sur la position « Tower NH »... Le dernier arrivé est de corvée de probing demain aux aurores, pour préparer l'arrivée de Seb.
- Heeeey ! Mais tu es parti avant, c’est de la triche !
- Nan. C’est toi qui es tout le temps en retard, nuance.
- Grrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr.... »
« Modifié: 21 Avril 2018 à 22:00:56 par Lilou Horejade »

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Re : Chroniques ordinaires d'une jeune recrue
« Réponse #4 le: 26 Mars 2014 à 16:10:06 »

Rien ne sert de courir...

Une douce torpeur régnait dans la chambre baignée de lumière. Se glissant par la baie vitrée entrouverte, une légère brise faisait danser des voilages aux reflets irisés. Le clapotis de l’eau se mêlait aux froissements du tissu vaporeux. L’heure était encore matinale et les oiseaux célébraient avec de joyeux trilles le début d’une journée prometteuse. Quelques-uns s’ébrouaient gaiement dans une fontaine, faisant jaillir des gouttes étincelantes sous le soleil radieux. Un peu plus loin, un pivert enchainait des coups saccadés sur le tronc d’un vénérable séquoia.

Malgré le babillage des volatiles, Lilou s’accrochait avec obstination aux dernières bribes de son sommeil. Un rayon de soleil s’invita sur son visage, faisant tressaillir ses paupières. Avec un grognement de protestation, elle balbutia un vague « lumière ! »... Au bout de quelques instants, constatant que rien ne changeait, elle se retourna pour plonger dans un oreiller. Le drap qui la recouvrait glissa légèrement, dévoilant une jambe alanguie. La cheville, presque frêle, était ornée d’un discret tatouage déroulant de fines arabesques. La jeune femme soupira d’aise, s’apprêtant à plonger dans une délicieuse somnolence, de celles où, ni tout à fait endormie, ni tout à fait encore sortie des brumes de la nuit, elle pouvait savourer la chaleur des draps sans se soucier du déroulement de la journée à venir.

Elle tressaillit soudain : des doigts effleuraient son tatouage. Après avoir parcouru délicatement les courbes du motif, une main chaude se posa doucement sur sa peau nue. Nouveau frisson. Câline, elle remonta en une tendre caresse le long du mollet, appréciant son galbe flatteur. Sur le visage de la jeune femme, un sourire naissant répondit à cette salutation matinale. Une petite décharge sensuelle la parcourut lorsque des lèvres déposèrent un long baiser au creux de son genou.

Elle attendit quelques instants, guettant avec gourmandise la prochaine caresse. Rien ne vint... Crapule. Dehors, le chant des oiseaux s’était estompé, et même le pivert avait fini par s’éloigner à la recherche d’un autre tronc plus accueillant. Elle bailla puis s’étira langoureusement, les yeux toujours clos, enfonçant un peu plus son front dans le coussin moelleux. Avoir tout son temps la rendait parfaitement sereine. Toute proche de son oreille, une voix chaude et familière lui murmura : « Mon ange, je t’ai préparé un café... mais si tu préfères un autre type de réveil, je n’ai rien contre... » Un collier de baisers vint se poser sur son cou. Le sourire s’accentua. L’odeur du café noir venait la chatouiller agréablement, mais la caresse de la main, terriblement suggestive le long de sa jambe, était encore plus attrayante.

Le visage enfoui dans son oreiller, elle marmonna d’une voix encore endormie : « Hmmm... Je crois que je vais prendre l’option numéro deux... »

Une langue râpeuse lui lécha alors les orteils.
Le sourire se figea.
Hein ?!... une langue râpeuse ?

C’est à cet instant qu’une voix inconnue toussota, quelque peu embarrassée :
« Je vous demande pardon, Commandant, mais de quelle option parlez-vous ? »

Elle ouvrit les yeux, avec une soudaine pointe de panique.
Pas de grande baie vitrée, pas de douce chaleur du soleil.
Pas de jardin luxuriant. Pas de grand lit moelleux.
Pas de main baladeuse...

Juste l’austère cabine des quartiers dont elle avait pris possession la veille au soir.

Quatre pattes velues et sans gêne firent alors son escalade, remontant en souplesse le long de son dos avant de venir planter le bout de leurs griffes sur ses épaules, à grands renforts de ronronnements.
Tout à fait réveillée désormais, Lilou soupira.
« Mallow, bouge de là, mon gros. »
Le matou essaya vainement de s’agripper puis abandonna la partie avec un miaulement de reproche. Sautant au pied du lit, il entreprit une toilette soigneuse, parfaitement indifférent au reste du monde, comme si cela avait toujours été son intention première. 

Ramenant rapidement le drap autour d’elle, la jeune femme se redressa sur sa couchette pour faire face à l’homme qui se tenait à quelques pas. Plutôt grand, une petite quarantaine, les tempes légèrement grisonnantes, des yeux noisette et un uniforme impeccable. Ses traits n’étaient pas spécialement séduisants, mais il émanait de lui un charme indéniable et sa présence avait un je-ne-sais-quoi de rassurant. Sans un mot, l’expression indéchiffrable, il lui tendit un mug de café fumant.
Au moins, cette partie-là n’était pas qu’un rêve.

Elle accepta la tasse, malgré l’embarras que lui causait la situation. La chaleur du liquide irradiait doucement à travers la paroi en verre, réchauffant ses mains. Elle tenta de se composer un semblant de dignité.
« Merci... euh... merci, monsieur ... ?
- Vous pouvez m’appeler Kalahan, Commandant. Je fais partie de l’équipage volant qui vient compléter le vôtre pour la durée de votre séjour à New Helgatild, du moins à chaque fois que vous aurez à piloter un vaisseau d’une taille le nécessitant.
- Oh... euh... très bien. Enchantée, Kalahan. Vous pouvez m’appeler Lilou.

- Oui, bien sûr, Commandant. Je suis également... enchanté. »
Elle avait répondu spontanément, et se le reprocha aussitôt. S’appeler par le prénom était une vieille habitude avec son équipage : elle n’avait jamais réussi à se glisser totalement dans la peau d’un supérieur hiérarchique. Mais tous ne voyaient pas forcément ça d’un bon œil.
Il inclina légèrement la tête avec un petit sourire dans le regard, avant de reprendre avec sérieux :
« Votre second, ne vous voyant pas arriver au briefing, m’a suggéré de vous apporter un café. Macchiato, sans sucre. J’espère qu’il vous conviendra, Commandant. »
Elle acquiesça brièvement avant de déguster quelques gorgées. La mousse était aérienne à souhaits. La boisson avait été légèrement relevée avec une pointe de cardamome et de cibule. L’amertume du café se mariait à merveille avec les épices. Tout simplement parfait.
L'officier interrompit à nouveau le fil de ses pensées.
« Je vous prie également d’excuser mon intrusion, j’ai bien frappé, mais je n’ai pas obtenu de réponse... »
 C’était donc lui, le pivert...
« ... en temps normal, je ne me serais jamais permis. Mais l’ensemble de l’équipe vous attend sur la passerelle. Il semblerait que les Commandants Seiei et Szamix aient besoin de vos services rapidement. »
Elle sentit ses joues s’empourprer. Espérant faire passer cela pour de l'embarras causé par son retard, elle promit d’arriver au plus vite et remercia l’homme qui s’éclipsa après un bref salut. Il ne parvint pas à masquer totalement un léger sourire amusé.

Elle jeta un œil contrarié à son terminal personnel. Panne de réveil pour son premier jour à NH, il fallait le faire. L’alarme était pourtant bien enclenchée... Programme « lumière naturelle, rivière et chants d’oiseaux ». Hmm. Pas une grande réussite, sur le plan de l’efficacité du moins.

Elle se leva et, laissant glisser le drap, rougit à nouveau en constatant sa parfaite nudité. Très digne, ce premier contact avec ton nouvel équipage, ma fille... Un peu gênée, elle repensa au « enchanté » appuyé de Kalahan. Puis elle haussa les épaules, relâchant un peu de pression. C’était ainsi. Il avait su rester très professionnel malgré tout.

Mallow vint lui caresser les jambes de sa longue fourrure. Elle gratifia le félin de quelques gratouilles entre les oreilles, encore troublée par son rêve. Puis elle sauta dans la cabine de toilette pour une douche-minute.

C'était inévitable. Il allait encore se moquer de son manque de ponctualité.



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Re : Chroniques ordinaires d'une jeune recrue
« Réponse #5 le: 09 Mars 2015 à 23:11:44 »


Comme un air de routine



Système J105433 – Planète VI, Lune 5


Le puissant champ de force enveloppait la base stellaire, infranchissable barrière érigée au milieu de nulle part. Bien que translucide, la gigantesque sphère à la surface moirée, parcourue d’incessantes ondulations, constituait une bulle unique de sécurité dans ce no man’s land qu’était l’espace inconnu. Juste en dehors, à quelques dizaines de kilomètres, un Hélios perdait rapidement de la vitesse.

Lorsqu’il fut parfaitement immobile, une poignée de sondes en jaillit en formation serrée. Flottant lentement dans l’espace, elles émettaient une faible lueur bleutée, à peine perceptible à ce stade. Elle serait bien plus marquée d’ici quelques minutes... si, du moins, la jeune pilote s’acquittait avec succès de sa première mission de la journée. Basculant sur la représentation 3D du système, Lilou pianota rapidement sur l’écran tactile, faisant en une trainée lumineuse glisser ses probes vers leur première destination. Aussitôt, les frêles engins disparurent de son champ de vision, partant en warp vers le soleil. Elle réenclencha dans l’instant son module de cloak : une onde de petits arcs électriques se propagea le long de la coque avec un crépitement métallique, dissimulant la frégate à tous les scanners. De l’extérieur, le vaisseau prenait désormais l’apparence d’une myriade de petits miroirs dont les facettes reflétaient la lumière cosmique.

Remettant en marche le système de propulsion, Lilou s’accorda alors quelques instants de répit. A proximité immédiate, la lune J105433-VI-5 orbitait autour de sa planète avec la nonchalance coutumière des grands corps célestes. Le scanner égrainait ses informations purement techniques : près de 800 kilomètres de diamètre, une température d’à peine 133,79 kelvin et une gravité au sol ridicule. S’il n’y faisait pas si frais, ce serait amusant d’aller sautiller là-bas... façon pop-corn givré. Ne manquerait que le caramel.
Bien plus que les chiffres, l’aspect du satellite avait quelque chose de fascinant. Sa surface était striée d’un camaïeu glissant du pâle gris-bleu au beige vaporeux, avec ça et là des touches plus soutenues de vert d’eau et de gris sombre. Une ceinture d’anneaux diaphanes semblait en fragile équilibre sur un axe incertain. L’ensemble contrastait nettement avec les nuages stellaires que baignait la lumière orangée du soleil, conférant une beauté froide et presque mystérieuse à l’astre lunaire.
S’arrachant à sa contemplation, Lilou enregistra sa position dans l’ordinateur de bord, puis s’intéressa aux premiers résultats envoyés par ses sondes. Son objectif était de vérifier la présence des signatures et anomalies relevées la veille par l’un de ses camarades d’expédition, mais aussi et surtout de détecter les nouveaux wormholes débouchant dans le système. L’un d’eux serait peut-être la porte d’entrée de leurs corpmates, si la sortie finale n’était pas trop mauvaise. Quant aux autres...  il était primordial, pour la sécurité des opérations du jour, de récolter un maximum d’informations sur leur localisation et l’activité des systèmes auxquels ils étaient reliés. Elle prit encore quelques instants pour lancer en fond sonore une sélection jazzy, puis, avec enthousiasme, s’attela à sa tâche : jongler avec les sphères du système de probing l’avait toujours amusée, et elle était avide d’améliorer sa dextérité à force de pratique.

Deux heures et vingt-sept signatures plus tard, elle achevait la rédaction de son rapport tout en mettant à jour les bookmarks corporatifs. La sortie statique du jour donnait sur un système apparemment inoccupé, mais débouchant hélas en nullsec, loin derrière les systèmes basse sécurité ennemis, à plus de quarante sauts de leur QG. Shu quant à lui s’était chargé d’explorer rapidement le C5 voisin, mais l’issue n’était pas meilleure. Pire, le système abritait pas moins de cinq tours de contrôle actives, et plusieurs vaisseaux lourds avaient été aperçus au scanner pendant sa courte session d’exploration. New Helgatild n’aurait donc pas les renforts attendus ce matin. Peut-être dans la soirée, si certains wormholes s’écroulaient d’ici là... naturellement ou non. Leurs voisins n’étaient pas forcément armés de bonnes intentions, l’expérience montrant au contraire que les habitants de ces zones hostiles étaient souvent avides d’en découdre. Leur condamner le passage avant les opérations prévues dans l’après-midi serait probablement incontournable.
Lilou vérifia son planning. Elle n’avait pas trainé : il lui restait une grosse demi-heure avant la suite du programme, largement le temps de prendre un café. Elle relut sa prose une dernière fois puis valida le rapport, le transmettant du même coup aux membres de la division Bionesis Exploration Expeditionary Force. Puis, laissant sa frégate aux bons soins des techniciens du hangar de maintenance, elle se dirigea d’un pas léger vers la petite cafétéria. Une bonne chose de faite... ça compensera un peu mon retard au briefing. Tout taquin qu’il soit, Shu ne trouvera rien à me reprocher cette fois !

C’était comme une fatalité. A vrai dire, dès le premier jour, elle avait été en retard. Elle plissa les yeux, fouillant sa mémoire. Comment s’appelait cet instructeur si tatillon, déjà ? Les traits carrés, les yeux d’un bleu glacial et transperçant, il sévissait à l’université de Duripant et se montrait très à cheval sur les procédures de sécurité. Hélas, il était d’une rigueur encore plus intransigeante concernant la ponctualité. Deux minutes de retard et l’on était condamné à observer les autres élèves dans leurs tentatives d’appontage, à grand renfort d’effets pyrotechniques et sonores. Autant dire qu’elle avait passé plus d’heures à observer qu’à s’exercer dans le simulateur... Ah oui ! Le Capitaine Giel Pimmere. « Elève brillante souffrant hélas d’un profond déséquilibre temporel. Je suggère un implant spécifique pour appréhender la notion de ponctualité. » Grumpf. Ce jour-là, ce n’était même pas ma faute... Si Shu ne m’avait pas indiqué exactement la mauvaise direction, j’aurais pu arriver à l’heure ! Pfff... Comme si le dédale des coursives ne suffisait pas à l’embrouiller, il avait fallu ce matin-là qu’elle tombe – littéralement – sur un problème de latéralité.
Étudiante à l’université de Caille, ses professeurs l’avaient envoyée suivre quelques cours pratiques au sein de la Federal Navy Academy dans le cadre de son cursus. Elle n’était arrivée qu’une semaine plus tôt et avait encore du mal à se repérer. Le nez en l’air, elle guettait donc les indicateurs lumineux pour retrouver son chemin à l’entrée du campus, tout en accélérant le pas. Lui flânait à son rythme, les yeux plongés dans la magnifique nébuleuse Gallente qu’on pouvait observer à loisir depuis ces coursives aux vitres incurvées en périphérie de station. Il savourait son diplôme fraîchement obtenu et s’apprêtait à fêter l’occasion dans l’un des bars du coin avec ses camarades de promotion. Le choc au tournant fut brutal.
Riant aux éclats tandis qu’elle rougissait de confusion, il l’avait aidée à se relever et à ramasser sa nuée de datapads avant de lui indiquer son chemin. Gauche puis droite, avec ses salutations à transmettre à l’instructeur. Elle était finalement arrivée avec plus de quinze minutes de retard. Tout ça parce qu’il parlait de l’AUTRE gauche. Elle ne put s’empêcher de sourire. Elle s’était pris un sacré savon, mais sa rencontre fortuite avec le jeune pilote compensait largement cette déconvenue. Sans lui, elle n’en serait certainement pas là aujourd’hui.

A son arrivée, ses corpmates étaient installés autour de la table en polymère aux nuances acidulées. Une délicieuse odeur de café flottait dans l’air. Les cuillères tintaient joyeusement dans des tasses opalescentes et les discussions allaient bon train. Son sourire s'accentua. Il était difficile d'imaginer, quand on avait l'habitude de vivre dans les constellations sous souveraineté des Empires, que la vie en espace inconnu pouvait receler de telles pépites. Face aux innombrables dangers extérieurs, ici plus qu'ailleurs, la camaraderie et la coopération devenaient une évidence.

En l’apercevant, Shu eut un sourire narquois.
« C’est à cette heure-ci qu’on arrive ? Tu en as mis du temps... Tiens, ton café. Il est presque froid. »
Déconcertée, elle s’arrêta sur le pas de la porte. Une franche surprise se lisait sur son visage. Pour une fois qu’elle était à l’heure... En avance, même !
Szamix observa un instant son camarade avant de lancer, mi-figue mi-raisin :
« Je suppose qu’il ne t’a pas donné nos petites astuces pour la mise à jour des bookmarks avant de t’envoyer dehors, pas vrai ? »
Lycoris secoua la tête d’un air faussement désapprobateur, une lueur amusée dans les yeux.
« Tsss tsss... incorrigible. »
Attila quant à lui se frotta la joue avant de soupirer, d'un ton qui se voulait résigné :
« Les joies du bizutage... »

Lilou fusilla Shu du regard. Elle s’était fait avoir en beauté.




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« Modifié: 09 Mars 2015 à 23:57:46 par Lilou Horejade »

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Re : Chroniques ordinaires d'une jeune recrue
« Réponse #6 le: 14 Janvier 2016 à 20:10:11 »


Paranoïa salutaire


Système J105433 – Signature cosmique STW-143


Cinq... Quatre... Trois... Deux... Un...

Biiiip.
Aux limites de l’audible, un léger bruit lui effleura les tympans tandis qu’une onde circulaire colorait un instant la surface de l’écran de nuances carmin.
Rien.
Jusqu’ici, tout va bien.

Cinq... Quatre... Trois... Deux... Un...

La séquence s’égrenait, imperturbable. Toutes les cinq secondes, pas plus. Inutile d’accélérer : sur la passerelle de commandement, l’officier en charge des systèmes de détection avait lui aussi l’œil rivé sur l’écran du scanner directionnel. Elle voulait seulement s’assurer elle-même qu’aucun danger n’approchait. Consciente de son manque d’expérience, elle appliquait scrupuleusement les consignes de sécurité qui lui avaient été rappelées le matin même. Paranoïa salutaire...

Cinq... Quatre... Trois... Deux... Un...

Avec obstination, l’écran n’affichait toujours que les deux mêmes vaisseaux, à quelques kilomètres l’un de l’autre. Les barges de minage que pilotaient Attila et Lycoris pointaient leurs lasers d’extraction vers un imposant astéroïde. Précisément le même que grignotait le retriever de Lilou. Le morceau de caillou, d’une densité exceptionnelle, contenait une quantité impressionnante de megacyte et de zydrine, minerais indispensables dans le processus de fabrication des croiseurs tactiques que produisait la BEEF. Lilou n’avait encore jamais vu d’arkonor de si près. En arrivant dans le champ d’astéroïdes, elle s’était donc extasiée devant les reflets ambrés de ses facettes grossièrement taillées par les tourelles de minage.

Outre les minerais rares, l’arkonor fournissait après raffinage des cristaux d’une grande pureté, très prisés par les orfèvres, et à l’origine d’envoûtants bijoux. Peut-être pourrai-je prélever de quoi me faire fabriquer un petit pendentif... souvenir de NH... Les bruits de couloir affirmaient que le Patron, Keyran Tyler, avait pour plateau de bureau une marqueterie toute d’ébène incrusté de cristaux d’arkonor. Mais Lilou n’avait jamais eu l’opportunité de le vérifier par elle-même. « Tu verras bien, quand tu seras officier » lui avait affirmé Shu. En réponse, elle avait seulement rit. Elle n’était qu’une jeune recrue totalement inexpérimentée et bien peu au fait des rouages de la corporation et de l’alliance. Une telle éventualité lui semblait totalement farfelue et hors de portée : ce ne pouvait être qu’une simple taquinerie. Quant aux bruits de couloir, elle n’y prêtait généralement qu’une oreille amusée. Certains prétendaient même que leur chef détenait une vaste collection de cadavres de clones de pilotes dans l’un de ses hangars à Gerek. Pourquoi pas dans une galerie d’exposition, tant qu’on y était ? Que n’allaient-ils pas inventer...

Cinq... Quatre... Trois... Deux... Un...

Cela faisait plus d’une heure que les trois vaisseaux de minage exploitaient cette ceinture d’astéroïdes à grand renfort de drones et de lasers, et alternaient les allers-retours en POS pour décharger leur précieuse cargaison. On aurait cru une poignée d’abeilles butinant avec obstination des cailloux épars pour en extraire un pollen rugueux et minéral.
La belt, signature cosmique de taille moyenne, n’était détectable que par triangulation des signaux de sondes d’exploration, aussi chacun était-il particulièrement attentif à l’éventuelle apparition de probes au scanner. Mais, étant présente dans le système depuis plusieurs jours déjà, il était aussi fort possible qu’un intrus l’ait déjà localisée à leur insu. Les risques de voir débouler une flottille de combat au milieu des paisibles butineuses, sans plus de signe avant-coureur, n’étaient donc pas négligeables. Cela expliquait les consignes régulièrement rappelées par les habitués de New Helgatild. Elles étaient inhérentes à toute activité en espace inconnu, mais peut-être plus encore incontournables lors des sessions de minage, où les vaisseaux faisaient des cibles faciles, quasi inoffensives, peu maniables et à l’inertie particulièrement importante.

« Squad Nébuleuse à Squad Rocaille, ici Szamix. Est-ce que tout va bien de votre côté ? Où en est le grand rouge ? »
Cinq... Quatre...
« Squad Rocaille, ici Attila : ça warpe gentiment du caillou à la tour et réciproquement. Encore une dizaine de minutes et le géant sera épuisé, d’après mes estimations. »
Trois.... Deux...
« Bien reçu Attila. Excellent, beau boulot.
- Toujours rien au scan ? » demanda Shu, saisissant l’occasion de réveiller les vigilances peut-être assoupies.
Un...

Lilou s’invita sur la fréquence vocale :
« Toujours rien, je ne vois que la nébuleuse qui rougeoie et les lasers qui festoient. All clear.
- Parfait. Ça gaze, ou plutôt dégaze bien aussi de notre côté, mais il nous faut encore un peu de temps pour terminer... Shu, qu’en penses-tu ?
- Je dirais que Sza et moi en avons pour une vingtaine de minutes, en gros. On se retrouve ensuite à la maison. D’ici là, restez sur vos gardes. »

Cinq... Quatre... Trois... Deux... Un...

Lilou vérifia une énième fois que son vaisseau était correctement aligné vers la large tower de NH. Sa soute d’ore était presque pleine : encore un ou deux cycles et elle devrait faire un saut à la base. Conformément au protocole de sécurité, elle l’annonça en fréquence vocale.

A peine avait-elle terminé que la voix de son second s’élevait sur le canal interne.
« Commandant Lilou ? Nous avons détecté un drone défectueux. Il semble ne pas ramener la même quantité de minerai que les autres. Le rappelons-nous immédiatement en drone bay ?
- Oui Ewan, et faites-le identifier avant que les autres ne soient récupérés. Il faudra le confier aux techniciens en passant déposer notre récolte.
- Compris. »

Cinq... quatre... Trois... Deux... Un...

Miner ici avait quelque chose de grisant. Les belts grassement remplies étaient comme réservées à leur usage exclusif, et le frisson de l’espace inconnu donnait une saveur toute particulière à cette spécialité qui pouvait vite sembler ennuyeuse et routinière quand on la pratiquait en espace de haute sécurité. Mais c’était également une activité à haut risque tant il était facile de baisser sa garde, la quiétude apparente du champ d’astéroïde étant trompeuse. En espace inconnu, la paranoïa n’était pas une option. C’était la seule planche de salut.

Cinq... quatre... Trois...
Plus qu’un cycle.
Deux... Un...


«  Commandant !...
- Oui, j’ai vu. »

Elle bascula sur la fréquence externe, tout en lançant les premières consignes en urgence à son propre équipage :
« Check check ! Stabber au scan, Stabber au long range. Nébuleuse, c’est l’un de vous ?
- Négatif Lilou, négatif.
- Ok, Rocaille, alignez la tour, full speed, rentrez les drones. Alignez NH, rentrez les drones...
- Lycoris : rien au short pour le moment... Drones rentrés...
-  Attila : Stabber au scan mid range ! Je récupère un can et me prépare au warp out... »

Fébrile, Lilou fixait sa jauge de vitesse. Elle augmentait horriblement lentement. Il lui semblait que la barge n’allait jamais atteindre les 75% de célérité critiques, nécessaires à l’enclenchement du système de warp. Come on, baby, come on...

« Ne prenez aucun risque, même pour un can » lança Shu avec autorité.
Sa voix ferme et posée tranchait avec la nervosité perceptible dans les timbres de l’escadrille « Rocaille », l’adrénaline aidant. Les yeux de Lilou sautèrent de la jauge de vitesse au scan directionnel désormais réglé au plus court. Elle y guettait l’irruption imminente du vaisseau, baptisé d’une suite imprononçable de symboles cabalistiques : -¤~°~¤-.

Attila fut le premier à réagir : « Stabber au short range ! Il vient pour nous, on dégage. Warp out, warp out ! »
Son appel résonnait encore quand sa barge de mineur expérimenté bondit en avant. Celle de Lycoris ne tarda pas à suivre. Quant à Lilou...

Les mécanismes d’interconnexion entre un capsuleer, son pod et son vaisseau étaient pour le moins complexes. Chaque amélioration ou modification des capacités neuronales des pilotes avait des impacts sur un volet précis du comportement du vaisseau. Le champ des possibles dans ce domaine était affreusement vaste, en particulier pour les jeunes promus. A terme, toutes les voies étaient explorables, mais pas simultanément : les manipulations de l’esprit ne pouvaient franchir les limites de ses capacités temporelles d’apprentissage. Dès lors, tout n’était que question de goût personnel et de choix d’orientation. Lilou était peut-être plus efficace que ses coéquipiers sur certains points anecdotiques, mais manifestement pas en matière de manœuvres d’évasion. Hélas. Car ces compétences lui auraient permis d’optimiser l’agilité et de minimiser l’inertie de son vaisseau, autorisant ainsi un départ en warp plus rapide... Elle regarda ses deux corpmates disparaitre alors que sa propre barge frôlait à peine les 65% de vélocité maximale.

Les quelques secondes qui s’étaient écoulées depuis qu’elle avait donné l’ordre de warp lui semblaient démesurément longues. Un silence cristallin, sous extrême tension, s’était fait dans le vaisseau... On percevait le ronronnement sourd des moteurs poussés à leur maximum malgré la triple isolation de l’habitacle. Chacun semblait retenir son souffle, guettant l’arrivée de l’intrus dans la ceinture désertée...





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« Modifié: 15 Janvier 2016 à 08:43:43 par Lilou Horejade »

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Re : Chroniques ordinaires d'une jeune recrue
« Réponse #7 le: 19 Mars 2016 à 12:17:38 »



Vous prendrez bien un petit dessert ?

Système J105433


« Warp drive... active. »

Enfin ! Jamais Lilou n’avait à ce point apprécié la voix froide et désincarnée de l’ordinateur de bord qui vint briser la tension silencieuse de l’équipage. La pression sur la passerelle de commandement se fissura aussitôt, laissant à nouveau éclore le chuchotement des discussions. Le vaisseau lui-même sembla reprendre son souffle en plongeant à travers la déformation spatiotemporelle.

Avant que l’espace ne se fonde en un cylindre mouvant et strié de lumière, Lilou avait tout juste eu le temps d’apercevoir le stabber atterrir sur le grid, ou plutôt sur sa reconstitution holographique 3D projetée en transparence via les dispositifs complexes de son pod. Or le vaisseau générateur de tant de stress était flanqué d’un magnifique tag vert. Vert... VERT ?!?

« Commandant ?... Le stabber... » commença Ewan d’une voix hésitante et incrédule.
Sans prendre le temps de répondre à son second, elle bascula brutalement sur la fréquence externe. Elle ne put y contenir un cri de rage presque animal, à la croisée du feulement et du rugissement.

« SZAMIX ! Bon sang ! C’était toi !... Espèce de.... »

Elle étrangla les mots suivants avant qu’ils ne sortent malgré elle. Deux rires joyeux éclatèrent en réponse.

Son profond soulagement se mêlait à une soudaine colère. Shu et Szamix avaient manifestement pris un intense plaisir à monter de toutes pièces cette vraie-fausse attaque sur l’innocent groupe de mineurs. Craignant un nouvel emportement, Lilou s’enferma dans un mutisme boudeur. Elle rumina silencieusement le déroulement de toute cette mascarade tandis que les commentaires et protestations allaient bon train entre les conspirateurs et leurs victimes. Ils avaient osé, et avec quel aplomb !... « Négatif Lilou, négatif ». Mon œil oui ! Vous vous êtes bien fichus de nous... Difficile de déterminer le point le plus agaçant du scénario. L’arrière-goût amer d’une entorse infligée à sa confiance aveugle, cette désagréable impression de ridicule face à sa panique a posteriori injustifiée, ou encore le fait d’avoir quitté le field certes dans les temps, mais bonne dernière ?

Renfrognée, la jeune pilote attendit que la barge soit en sécurité dans le champ de force de la Starbase pour desserrer les dents. Après une longue et lente inspiration, elle se connecta à nouveau à la passerelle pour remercier son équipage. La posture des officiers de pont se relâcha de façon à peine perceptible, mais cela fut suffisant pour qu’elle réalise, avec une pointe de remord et de contrariété, l’état dans lequel son silence les avait plongés. Elle s’empressa de les rassurer. Ce n’était pas après eux qu’elle en avait.   
Sur la fréquence externe, les rires satisfaits et les gentilles moqueries avaient laissé place aux explications. Rien ne valait une mise en situation réelle pour appréhender les risques du minage en espace inconnu. C’est donc ce qu’avaient imaginé les deux officiers, tout en s’assurant qu’aucun risque n’était vraiment couru. Le test avait été concluant, et ils ne manquèrent pas de féliciter l’attitude et la réactivité de leurs corpmates, mettant un peu de baume sur leur agacement temporaire. Du moins l’espéraient-ils.

Une fois la précieuse cargaison d’arkonor déposée dans le hangar adéquat, les trois barges de minage reprirent le chemin de la ceinture d’astéroïdes. Une trentaine de minutes plus tard, elles étaient de retour à la POS, ayant achevé l’extraction prématurément interrompue. L’équipe de capsuleurs s’était donné rendez-vous à la cafétéria, qui faisait également office de cantine pour l’ensemble du personnel. Ils avaient opté pour une table un peu à l’écart, à proximité de la grande baie vitrée qui offrait le captivant spectacle de l’espace ainsi qu’une vue panoramique sur les laboratoires scientifiques de la base.

Il n’y avait pas de quartier réservé aux pilotes de pod à New Helgatild. Tous formaient une seule et grande famille. L’exiguïté des lieux et le caractère quasi ilien de cette installation stellaire rendait cela presque inévitable. Chaque maillon de la chaîne avait autant d’importance que les autres dans ce qui était avant tout une formidable expérience humaine, et cette cafétéria, véritable lieu de convivialité, en était une illustration vivante. Les techniciens de maintenance s’y mêlaient sans complexe aux officiers de bord ou aux ingénieurs chargés de l’optimisation des processus de production, et les discussions allaient toujours bon train. En dehors des heures de service, il n’était pas rare d’y trouver quelques salariés de Bionesis en pause, un verre à la main, réunis autour d’une version miniature de ces grands plateaux reproduisant de façon holographique les combinaisons tactiques d’antiques jeux de figurines. D’autres se contentaient de commenter les dernières nouvelles de Scope News, diffusées sur grand écran. En symbole du lien qui unissait la Starbase avec Helgatild, système historique d’enracinement des activités low security de Bionesis, une carte interactive représentant par défaut la poche d’Aldodan ainsi que la constellation de Wiedadur trônait non loin, séparant un coin plus cosy équipé de fauteuils et de tables bases.

Mais pour l’heure, chacun était occupé à se remplir l’estomac. Le chef cuisinier, un Intaki pure souche, mettait un point d’honneur à concocter chaque jour des plats pouvant rappeler de manière plus ou moins fidèle les classiques de la gastronomie Gallente ou Minmatar. Trois raisons à cela, la première étant la passion véritable qu’il vouait à son métier. Par ailleurs, c’était d’après lui la moindre des choses que de proposer une cuisine correcte à ses collègues. Et tout particulièrement à ceux qui restaient de longs mois de suite dans ce coin perdu de l’univers : l’enfermement volontaire était suffisamment contraignant pour qu’on n’y ajoute pas le désagrément d’une nourriture infâme. Enfin, il se souvenait très clairement de ces fameuses vacances de deux mois qu’il avait voulu prendre, laissant sa brigade aux mains d’un remplaçant temporaire. Ce fut un désastre complet. Un fiasco total. Une vraie catastrophe. Le directeur du projet NH, qui était à l’époque le Commandant Sebnaje, l’avait fait revenir en urgence au bout de trois semaines, non sans une substantielle augmentation. Sans ses talents culinaires, ils avaient carrément frôlé la grève générale.
Une bonne qualité dans l’assiette était donc indispensable, mais ce n’était pas forcément chose aisée compte tenu du manque récurrent de produits frais, malgré le petit élevage et la zone de culture qui avaient été aménagés dans un coin de hangar. A vrai dire, les quelques animaux embarqués avaient vite atteint le statut de mascotte et personne n’avait trop le cœur à s’en prendre à eux. Il fallait donc déployer des trésors de créativité pour arriver à proposer au personnel, affamé et néanmoins exigeant, des similis pizzas raisonnablement croustillantes, des grillades ayant presque le goût de viande et des mijotés délicatement parfumés. Surtout à partir d’assemblages de composés moléculaires et de produits déshydratés.

Le menton dans la main et les yeux dans le vague, Lilou torturait du bout de sa fourchette une « poêlée forestière » entourant une escalope joliment dorée qu’elle n’avait pourtant pas touchée. S’attaquant au dernier quart de sa pizza « mozzarelle-lardons-merguez », Attila remarqua l’assiette à peine entamée et lança :
« Tu ne veux pas de ta grillade, miss ? Je pose une option dessus ! »

Szamix fronça légèrement les sourcils.
« Tu ferais mieux de prendre des forces jeune fille, nous avons besoin que vous soyez tous en pleine possession de vos moyens cet après-midi. »
« Humf. » fut la seule réponse qu’il obtint.

Avec un léger sourire taquin, Shu prit le relai.
« Allons, ne me dis pas que tu boudes encore pour ce matin ? »
Elle fit mine de protester, mais il la connaissait trop bien. La poussant gentiment du coude, il reprit à mi-voix.
« Allez, je t’offre le dessert pour me faire pardonner. »
Elle lui lança un regard glacial :
« Tu crois vraiment m’acheter ainsi ? par la gourmandise ?... » Puis elle continua, boudeuse : « Et puis d’abord, je ne suis pas gourmande.
- Il est vrai ce mensonge ? » rétorqua-t-il, amusé.

Elle resta impassible, réprimant difficilement un sourire. Hors de question qu’elle cède si facilement. Les discussions autour de la table s’étaient tues, les trois autres pilotes observant d’un air réjoui l’échange en cours.
« Je ne suis pas gourmande, j’apprécie les bonnes choses. C’est différent. Et je persiste, tu ne m’achèteras pas ainsi. » martela-t-elle d’un ton sans appel.

Il soupira et prit un air plus sérieux.
« Comprends-moi. Ou plutôt... »

Il s’interrompit un instant et haussa légèrement la voix, jugeant que Lycoris et Attila étaient aussi concernés par l’explication à venir.
« ... comprenez-nous bien, tous les trois. Il était nécessaire de tester votre attention et vos capacités de réaction. Nous devions nous assurer que vous maîtrisez parfaitement les consignes de sécurité et que vous savez comment vous comporter en situation tendue... Cela doit devenir un réflexe ici, ne même pas vous demander une seconde de réflexion. Car, sachez-le, notre prochaine opération sera autrement plus dangereuse que l’innocent siphonage de minerai de ce matin. »

Fourchette levée, chacun l’écoutait avec attention. Satisfait de l’effet produit par son préambule, il enchaîna, d’un ton calme et précis :
« D’ici quelques heures, non seulement vous devrez surveiller les menaces extérieures, comme vous l’avez fait ce matin... Mais vous aurez aussi à gérer une armada de drones Sleeper irrités et redoutables. Notre cohésion et notre coordination devront être parfaites si nous voulons mener à bien nos objectifs. Il vous faudra gérer tout à la fois le D-scan, le focus de dps sur les cibles que j’indiquerai et le maintien de la chaîne logistique entre nos vaisseaux. Chaque tâche étant, tout simplement, vitale. Et avant cela, il va falloir que vous nous aidiez à sécuriser le wormhole dangereux que nous avons repéré pendant la séance de probbing. Ce qui signifie au mieux un risque de collapse précoce, au pire un piège mortel tendu par nos chers voisins de l’autre côté. »

Un frisson d’excitation parcourut la table, accompagné de quelques murmures approbateurs. Shu laissa passer un silence lourd de sens avant d'achever d'une voix ferme :
« Voilà pourquoi il était nécessaire, que dis-je, indispensable, de faire cet entrainement ce matin. »

Comme pour enfoncer le clou, Szamix renchérit avec gravité :
« C’est un processus d’apprentissage extrêmement important. Il s’agit de notre survie à tous – la nôtre bien sûr, mais aussi celle du projet NH dans sa globalité, car cette base se doit d’être autosuffisante et autofinancée, et seules ces activités à haut risque le permettent... Et évidemment, par-dessus-tout, cela concerne la survie de nos équipages, qui, je vous le rappelle, ne disposent pas de clones. »
 
Lilou scruta un moment le pilote à l’éternelle barbe de trois jours, qui ne se départait que rarement de sa paire de lunettes noires. Elle savait sa préoccupation sincère au sujet des équipages. Au bout de quelques instants, elle détourna le regard pour le plonger dans celui de Shu. Elle se livra à un intense débat interne, mettant à l’épreuve de ses propres griefs, la pertinence de l’argumentation de son mentor. Tu ne me feras pas croire que l’objectif principal n’était pas de vous marrer un coup... L’espace d’une seconde, elle crut déceler dans ses yeux l’ombre d’une inquiétude, comme s’il craignait qu’elle fût vraiment fâchée. Sa contrariété s’évanouit sur l’instant. Elle n’était pas dupe, mais ce n’était pas si grave.

Chassant sa moue boudeuse, elle répondit alors d’une voix légère, avec un petit geste de la main :
« D’accord. Arguments recevables. »
Puis, comme si rien ne s’était passé, elle entreprit de commencer son repas... au grand désarroi d’Attila.
«  Maintenant que le sujet est évacué, note bien que j’accepte ton offre pour le dessert. »
«  Oh, et tu en offriras deux pour la peine. Moi je veux bien qu'on achète mon pardon ! » s'empressa d'ajouter Lycoris, enjouée.

L’éclat de rire fut général, et Shu retrouva son air taquin.
« Aucun problème. Ceci dit, Lilou, tu as intérêt à faire vite... tu ne voudrais certainement pas être en retard. »





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« Modifié: 19 Mars 2016 à 14:24:24 par Lilou Horejade »

Hors ligne Lilou Horejade

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Re : Chroniques ordinaires d'une jeune recrue
« Réponse #8 le: 09 Avril 2018 à 23:30:23 »
Le maillon d’une chaîne
Système J105433 - Anomalie SDX-541

A proximité immédiate de l’anomalie SDX-541, une poignée de vaisseaux scrutait fébrilement la surface mouvante qui ondulait à quelques kilomètres de là.
 
« Parfait, il vient de changer d’état. Laissez-moi calculer pendant que je ramène l’orca en sécurité… Toujours rien au D-scan Lycoris ?
- Toujours rien, pas la moindre cacahuète à se mettre sous la dent !
- Et toi, Lilou ?
- Pas mieux de mon côté.
- Excellent. Restez attentifs, on a bientôt fini. »
 
Avant de poursuivre, Sebnaje vérifia une dernière fois ses informations. Le directeur du projet New Helgatild avait rejoint le petit groupe de bionésiens sur la base stellaire en milieu d’après-midi, heure universelle.
 
« Shu, tu me confirmes que tu es en microwarp drive ?
- Je confirme Seb. Veux-tu que je fasse un aller-retour prop on ?
- Volontiers. »
 
L’équipe était en pleine opération de fragilisation d’un wormhole débouchant sur un C5 habité et potentiellement hostile. Le but était de le traverser avec une masse suffisamment importante pour qu’il arrive au bord de l’effondrement, ce qui garantirait une plus grande sécurité aux habitants de NH pour la soirée. En effet, aucune flotte importante ne prendrait alors le risque de le franchir, offrant ainsi une relative tranquillité… du moins pour quelques heures, jusqu’à ce qu’il arrive en fin de vie.
 
Toute la subtilité de la chose était d’y parvenir sans laisser personne du mauvais côté.
 
« Je vous ai déjà raconté la fois où Virgil s’est retrouvé coincé de l’autre bord d’un wormhole ? lança Szamix, goguenard, alors que le battleship piloté par Shu franchissait la surface mouvante.
- Euh… hmm. Comment ça, coincé ? »
 
Malgré une honorable tentative de dissimulation, le timbre de Lilou trahissait sa tension. C’est à elle qu’avait été confiée la surveillance du côté « hostile », et elle scrutait désormais avec une intensité accrue sa porte de retour. Ce serait trop bête de rater la soirée, de la passer bloquée ici ou d’avoir à chercher comme une pauvre malheureuse un chemin alternatif long comme une soirée sans alcool pour les piliers du BIONE… Ou pire encore, de perdre son pod et de se réveiller comme une imbécile à Gerek… Non hein ? Ils n’allaient pas lui faire ça…
 
Le dominix de Shu se matérialisa face à elle, reflétant le scintillement de la géante bleue qui illuminait le système. Il pivota rapidement avant de plonger en sens inverse pour rejoindre le reste de l’équipe.
 
« Hop, mission accomplie Seb, je retourne en safe. Szamix, cette histoire c’était il y a cinq ou six mois non ?
- C’est ça. Virgil nous accompagnait pour sécuriser le coin, comme ce soir, mais il a mal compris un ordre de jump. Il attendait du côté hostile d’un trou de ver depuis peut-être six ou sept minutes, quand il a détecté une fleet au D-scan. Il a jumpé pour nous rejoindre, alors que Seb passait en sens inverse en vaisseau cloaky pour évaluer nos chances. Et là, je n’sais pas ce qui lui a pris… Bêtement, il l’a suivi !
- Et moi, enchaina Sebnaje, quand j’ai vu ce qui approchait, j’ai fait demi-tour, sans me rendre compte de la situation. Mais lui, du coup, était coincé de l’autre côté… Les autres n’en ont fait qu’une bouchée.
- Oh… Hmm… »
 
Fébrilement, Lilou contrôla ses écrans.
 
« Toujours rien au scan. Heureusement.  Comment est-ce possible ? Pourquoi n’a-t-il pas pu traverser une troisième fois ?
- A cause de l’effet de polarisation, répondit Shu. Quand tu franchis un wormhole dans un sens, tu ne peux plus le franchir dans le même sens pendant les 5 minutes suivantes.
- Oh, je vois… Dommage pour lui en effet. »
 
Elle soupira, se forçant à respirer profondément : cela faisait plus de cinq minutes qu’elle patientait à l’abri de son module de cloak, et elle ne comptait pas reproduire l’erreur de Virgil.
 
« Tu m’étonnes ! Après ça il a juré que personne ne le forcerait plus jamais PLUS JAMAIS à franchir une de ces « sales fausses gates à la con qui refusent de me laisser passer » ! Sacré Virgil ! s’esclaffa Lycoris, sitôt accompagnée de rires.
- Bon, on y est, reprit Seb. Lilou, tu peux revenir, on a fini ici. Bon boulot tout le monde. Rendez-vous à la POS pour le changement de vaisseau. »
 
La jeune pilote enclencha l’ordre de jump avec soulagement. Une bonne chose de faite… Les sleepers n’avaient qu’à bien se tenir !
 
 

 
Derrière la sphère protectrice du champ de force, les cinq vaisseaux attendaient de partir au front.
 
Shu venait de rappeler les consignes spécifiques aux Dominix à ses deux squad mates, Lycoris et Lilou. Celle-ci se repassait mentalement la séquence à venir pour mieux la graver dans son esprit. En sortie de warp, cibler tous les copains, se positionner à la distance requise, activer le cap transfert sur Lycoris pour mettre en place la chaîne de capacitor, attendre la consigne de primary et surveiller l’état des boucliers et armures sur la watch list pour pouvoir activer ses modules repairer à temps… Prévenir en cas d’ECM et ne pas oublier de garder un œil sur le capacitor pour activer une charge de boost dès que nécessaire. Mince, non, j’ai oublié… sortir les drones pour assister Seb. Voilà. Et avoir un troisième œil sur le D-scan. Evidemment. Bon, ça va le faire… Facile. Suffit que je reste bien concentrée… Et après tout, j’ai les officiers d’équipage aussi. Au moins, certains d’entre eux ont déjà fait ça…
 
Le groupe avait planifié le nettoyage de trois anomalies afin d’y récupérer de précieuses reliques indispensables dans le cadre de la production de cruisers T3, qui était l’une des activités industrielles de pointe de la corporation. Il était également possible, en de rares occasions, de trouver les débris d’une technologique extrêmement avancée, sur lesquels les scientifiques de la corporation se livraient à de fastidieuses séances de rétroingénierie. Ils en tiraient parfois des informations très utiles pour optimiser les nano-robots au cœur du projet de terraformation de Bionesis. Mais ces sites archéologiques étaient hélas gardés par des drones Sleeper lourdement armés et hautement agressifs. On ne badinait pas avec les traces de leur histoire… Il faudrait donc les convaincre par les armes. En toute logique, le résultat de cet effort diplomatique pour le moins musclé serait une belle explosion… L’essentiel était de ne pas en être au cœur.
 
Après d’ultimes rappels, un warp squad fut lancé. Les trois Dominix, le Typhoon de Szamix et le Scorpion de Sebnaje atterrirent de concert à proximité d’une antique construction que les outrages du temps, sans doute combinés à de précédents affrontements, avaient fait tomber en déliquescence. A peine étaient-ils sortis de la procédure de warp qu’ils étaient déjà ciblés par des drones ennemis. Les ordres fusèrent.
 
Malgré les craintes de Lilou, les opérations se déroulèrent relativement sereinement sur cette première anomalie. Les attaques se concentraient sur les cibles énoncées, tandis que le Scorpion appliquait ses modules d’ECM sur les autres drones afin de limiter les dégâts reçus. La plupart des tentatives d’ECM sur les cinq vaisseaux de la flotte échouèrent, si bien que le combat tourna rapidement en faveur des capsuleers.
 
Pas si difficile, en fin de compte, songeait Lilou… Jusqu’à ce que Shu demande qui avait pensé à surveiller le scanner directionnel. Hmm. Ok. Une sacrée bonne piste d’amélioration.
 
Après un nettoyage rapide et fructueux des diverses épaves, la flotte warpa sur la deuxième poche du programme. Le même scénario se répéta, mais cette fois deux dominix furent tour à tour mis en incapacité de cibler leurs alliés. Les réserves de cap booster commencèrent à diminuer, sans pour autant atteindre un niveau critique, et les vaisseaux tinrent le choc le temps que les cycles de réparation se mettent en place. Lilou commençait à prendre de l’assurance, tout en s’étonnant d’avoir la plus importante consommation de cap booster au sein du petit groupe. Il allait falloir qu’elle jongle un peu plus efficacement avec l’activation des différents modules afin d’économiser ses charges.
 
C’est sur le troisième site que les choses dérapèrent.
 
Par manque de chance, le Dominix de Shu fut victime de trois cycles d’ECM successifs, ce qui brisa la chaîne de remote capacitor. Un neutralizer vint se joindre à la fête et entama largement la réserve du Dominix de Lilou, qui se trouva forcée de consommer de plus en plus de charges de cap booster afin de maintenir une réparation suffisante sur ses alliés. Lesquels subissaient un feu d’autant plus nourri que le Scorpion cumulait les échecs avec ses propres modules d’ECM. C’était donc le pire moment pour paniquer.
 
Mince, je n’ai plus qu’une charge… Comment faire ? Je vais tomber à court, il faut que je coupe un repairer, je ne tiendrai jamais jusqu’à la fin du combat à ce rythme… Oui mais non, impossible, l’armure de Sza est en train de s’effondrer… Tant pis, j’envoie la dernière charge…
Le sang battant à ses tempes, incapable de réfléchir correctement, Lilou regardait sa jauge redescendre inexorablement après son dernier sursaut.
Merde, merde merde… Je fais quoi maintenant ? je fais quoi ?... Pas le choix, je dois couper un rep, mon capacitor fond beaucoup trop… juste le temps que ça se stabilise… si je coupe un cap transfert Lycoris aura le même souci que moi…
 
La voix de Shu retentit alors, pressante.
« On a un souci de réparation les filles. Vous appliquez bien tous vos modules rassurez-moi ?
- Oui chef ! répondit sobrement Lycoris.
- Euh… j’ai un petit souci de capa. Je, c’est Lilou. Je viens de finir ma dernière charge de cap booster. Je n’ai plus de quoi maintenir les deux repairers plus les deux cap transfert en simultané.
- Plus de charge ? T’es sérieuse ?...
- Euh… oui, très…
- Tu aurais dû le dire plus tôt ! Je jette un can, récupère-le, et aide-nous à remonter cette armure immédiatement sinon Sza y reste ! »
 
Bon sang. Le jettison. J’aurais dû y penser, quelle cruche, mais quelle cruche ! Niveau cours de première année… Bravo…
 
Évidemment, cela s'acheva par une belle explosion.
 
 

 
Lovée dans l’un des fauteuils en bordure de la cafétaria, Lilou regardait d’un œil un peu absent les dernières actualités de Scope News. Le présentateur annonçait une recrudescence des attaques perpétrées par les pirates Guristas dans les systèmes de Sinq Laison. Les agents de sécurité du coin allaient avoir fort à faire... Elle n’avait que rarement l’occasion de parcourir les environs de Bourynes, mais elle conservait une tendresse particulière pour cette région qui avait abrité ses toutes premières sorties dans l’espace.
 
Ces nouvelles n’arrivaient toutefois pas à la distraire de sa morosité. Elle ne pouvait s’empêcher de ressasser son erreur commise un peu plus tôt sur le champ de bataille, et qui les avait conduits à frôler la catastrophe. Quand un maillon d’une chaîne lâche, c’est toute la structure qui peut s’effondrer… Heureusement, après la récupération du can largué par Shu, les choses étaient rentrées dans l’ordre et ils avaient pu finir leur expédition sans casse. Mais elle avait bien failli donner une teinte tragique à cette soirée…
 
Un bip sur son terminal la fit tressaillir. Elle se redressa à moitié pour le récupérer sur la table basse. C’était un message vocal de Shu. Après le débriefing il avait vérifié le fit du dominix qu'elle avait piloté, et son adéquation avec ses skills. Le résultat était sans appel : il était tout à fait normal qu’elle ait éprouvé autant de difficultés pendant la sortie. Il lui manquait quelques connaissances pour être pleinement efficace avec ce vaisseau, en particulier vis-à-vis du cap transfert, qu’elle ne maitrisait que fort peu, et qui pompait par conséquent beaucoup trop dans son propre capacitor. D’où sa consommation élevée de charges de cap booster. Il lui présentait ses excuses pour n’avoir pas détecté le problème plus tôt.
 
 « Il est même étonnant que tu aies pu tenir aussi longtemps avec ce fit. Tu as dû sacrément jongler entre les modules, sans que cela ne soit perceptible par tes fleet mates jusqu’à ce mauvais concours de circonstances. Ce n’est pas mal pour une débutante, pas mal du tout… Tu sais, je crois bien qu’on va te garder ! »
 
Reposant son datapad, Lilou ne put s’empêcher de sourire. La soirée avait retrouvé une saveur délicieuse.





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« Modifié: 21 Avril 2018 à 22:01:48 par Lilou Horejade »